Réunion de travail à l’Élysée sur les Chrétiens d’Orient

M. Emmanuel BONNE, Conseiller du Président de la République pour le Moyen-Orient et les Nations Unies, a reçu à l’Élysée une délégation de la Coordination Chrétiens d’Orient en Danger (CHREDO)* conduite par son président Patrick Karam, ancien délégué interministériel, pour une réunion de travail dense sur la situation des Chrétiens d’Orient, de l’Irak et des minorités yazidies et chrétiennes.

avec :

  • Jean Maher- Secrétaire Général de la CHREDO et Président de l’Organisation Franco-Égyptienne pour les Droits de l’Homme OFEDH
  • Elish Yako – Membre du Bureau de la CHREDO et Secrétaire Général de l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO)
  • Victor Hallit – Membre du Bureau de la CHREDO et ancien représentant du Parti des Forces Libanaises en France
  • Rafic Abou Fadel – Membre du Bureau de la CHREDO et Représentant de La Rencontre Orthodoxe en France
  • Arménag Aprahamian – Membre de la CHREDO et Président du Conseil National d’Arménie Occidentale
  • Frère supérieur Amir JAJE – Vicaire Provincial Dominicain du monde arabe, Supérieur des Dominicains à Bagdad

Cette réunion de travail fait suite aux nombreuses réunions de la Coordination CHREDO tenues à l’Élysée, au Parlement, au Quai d’Orsay, et avec le Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui a confirmé un certain nombre d’engagements par courrier.  La Coordination CHREDO salue les efforts de la France et souhaite qu’ils aboutissent. La France est le pays européen le plus engagé dans cette région du monde et elle tente de convaincre ses partenaires européens de coordonner et planifier les actions.

La France agira, sous condition, pour la mise en place d’un couloir humanitaire qui nécessitera un soutien militaire, en coordination avec ses partenaires européens. Elle livrera des armes aux Peshmergas kurdes afin d’augmenter leur puissance de feu et de leur permettre de combattre militairement l’EI. Quant au gouvernement irakien, en cours de formation, la France souhaite qu’il soit représentatif et comporte toutes les communautés, en particulier sunnites, mais aussi les minorités.

La question de l’État Islamique est une question régionale, principalement syro-irakienne. Pour stopper cette organisation, on ne peut faire l’impasse de la question syrienne et du contrôle de la frontière syro-irakienne et du contrôle des frontières turques. Une résolution onusienne devrait donner des outils pour tarir les ressources financières des organisations extrémistes et freiner l’afflux de combattants. L’avenir des minorités au Moyen-Orient est une question complexe en raison des influences régionales et des influences locales contradictoires. Enfin la présidence de la république fait remarquer en liminaire que les musulmans sont aussi les victimes des groupes islamistes.

S’agissant d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui doit prévoir l’emploi de la force, la préservation de la sécurité et de la vie des déplacés qui sont les premiers sujets abordés par la Coordination CHREDO.

La présidence de la République étudie toutes les options, y compris au Conseil de sécurité. Pour l’heure, elle travaille avec les autorités d’Erbil et de Bagdad pour acheminer au plus vite l’aide humanitaire et militaire nécessaire.

La France est disponible, y compris au plan militaire, et en coordination avec ses partenaires européens, pour apporter son soutien et son aide à l’Irak à condition toutefois que le gouvernement irakien soit représentatif de toutes les communautés, y compris sunnites.

Mais à ce stade la France n’a pas été sollicitée pour intervenir militairement et pour envoyer des troupes au sol et elle ne saurait donc prendre une initiative en ce sens.

La France a deux priorités: l’urgence humanitaire immédiate et les moyens de contrer l’État Islamique à long terme, là où ils sont les plus menaçants. La suite dépendra de l’évolution de la situation.

La Coordination CHREDO a plaidé pour la mise en place d’un pont humanitaire français et européen aux populations déplacées. La réponse de la présidence de la République est sans ambiguïté.

La France a saisi mardi 12 août ses partenaires européens afin de mettre en place un dispositif humanitaire et militaire permettant à l’aide d’arriver et aux déplacés d’être protégés. Le Président Hollande a eu des entretiens à ce sujet avec l’ensemble des partenaires de la France dans la région.

Cette opération lourde exigeant des moyens importants qui doivent être coordonnés avec les partenaires internationaux. La France est prête à l’assumer avec ses partenaires européens. La France est disponible et a été sollicitée par les autorités kurdes.

S’agissant de la saisine de la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité et d’une résolution des Nations-Unies relative à EI, d’une enquête internationale sur les transferts de fonds par exemple en provenance du Qatar, sur la mise en place d’un embargo total sur les exportations d’hydrocarbures en provenance des champs pétrolifères qu’il contrôle, et sur les flux de combattants, d’armes et de carburant qui transitent par les territoires de pays voisins, dont la Turquie.

La Coordination CHREDO a fait valoir que cette organisation terroriste dispose d’un trésor de guerre considérable autour de 2 milliards de dollars et qu’il devient urgent d’agir. 

La présidence de la république ne valide pas la mise en cause de la Turquie et du Qatar quant aux flux d’armes et de combattants vers l’EI et fait valoir que la CPI est compétente pour les pays qui sont parties au statut de Rome. Toutefois le Conseil de Sécurité des Nations-Unies peut la saisir. Ce fut le cas dans le passé pour la Libye et le Soudan. La France a toujours été partisane de la CPI. Et la question pourrait se poser à l’avenir pour l’Irak. En particulier si le futur gouvernement d’union nationale qui devrait se créer demandait de saisir la CPI. Au Conseil de sécurité des Nations-Unies, la France a pris l’initiative d’inscrire l’Etat Islamique sur la liste des organisations terroristes et a demandé une résolution. Les Britanniques ont élaboré le texte et organisent la négociation.

La résolution qui est désormais en discussion et qui vise l’Etat Islamique et le Front Al Nosra en Syrie apporte des réponses à tous les points évoqués par la CHREDO.

Elle condamnera tous les échanges directs et indirects avec ces deux organisations et menacera de sanctions ceux qui violent cet embargo: l’annexe listera les noms des personnes physiques, des entités qui sont liées directement ou indirectement à ces organisations terroristes qui seront frappés de sanctions internationales, d’un gel de leurs avoir et d’interdictions de visas.

Les pays sont invités à fournir les noms des individus et des entités qui les soutiennent et les États membres sont invités à « prendre des mesures nationales pour interrompre le flot de combattants terroristes étrangers à destination de l’EIIL, de l’ANF (Front al Nosra) et d’autres individus, groupes, associations et entités associés à Al Qaïda ». Des experts des Nations-Unies travailleront sur des préconisations qu’ils rendront « dans un délai de 90 jours sur la menace représentée par l’EIIL, ses sources d’armement et de financement, et formuler des recommandations en matière d’action supplémentaire pour faire face à cette menace ». Il s’agit de tarir les ressources financières de ces organisations terroristes et de bloquer l’afflux de combattants étrangers en menaçant de sanctions ceux qui lui apportent un soutien.

La Coordination CHREDO a plaidé pour une aide militaire aux Kurdes et aux résistants compte tenu de l’urgence. La France est favorable à cette solution et des armes seront livrées prochainement aux Peshmergas. La CHREDO demande toutefois que la France exige des garanties quant à la protection des Chrétiens en contrepartie de cette aide. Les forces kurdes s’étaient engagées dans le passé à protéger les minorités chrétiennes.

Récemment encore, le 22 juin 2014, Massoud Barzani l’avait réaffirmé au patriarche des Chaldéens Mgr Sako. Or dans la vallée de Ninive, le 9 août, les forces kurdes se sont retirées sans combattre et sans prévenir abandonnant les villages chrétiens et leurs habitants à leur sort. Cet engagement doit donc être réaffirmé et garanti devant la communauté internationale et la France en particulier.

Il faut également prendre garde à ne pas déstabiliser le rapport de forces intérieur entre les communautés, ce qui pourrait avoir d’autres conséquences dans le futur. Les Kurdes ont leur propre agenda et il faudra par la suite mesurer les conséquences d’une aide militaire en termes de gains territoriaux et d’influence sur la scène irakienne au profit des Kurdes et des relations avec les autres communautés, notamment chiites et sunnites qui pourraient par la suite connaître des tensions.

La Coordination CHREDO demande la mise en place en Irak d’un gouvernement d’Union Nationale à laquelle participerait les minorités ainsi que les sunnites qui représentent 40% de la population.

S’agissant des Chrétiens Irakiens, leur présence au gouvernement est particulièrement importante dans le contexte actuel. Ils étaient plus de 2 millions en 1977, puis 1.2 millions dix ans plus tard, et aujourd’hui  ne sont que 350 à 400 000 personnes. Ils n’ont plus le choix qu’entre la valise et le cercueil et pensent désormais n’avoir plus leur place en Irak. La nomination de Chrétiens à des postes importants serait un message fort destiné à les rassurer. Même si cela n’empêchera pas leur départ massif,  leur exode sera ralenti.

La présidence française est conscience de cette nécessité et la France a une exigence centrale: un gouvernement d’union nationale qui donne des garanties à toutes les communautés, car l’État Islamique prend de l’ampleur à mesure de l’avancement de la crise. A Bagdad, la situation politique est volatile et le futur gouvernement doit donner des garanties à toutes les communautés sinon on s’expose à des guerres confessionnelles et communautaires.

La participation des sunnites est essentielle pour éviter d’entrer dans un cycle de conflit qui opposerait chiites et sunnites. C’est ce qu’a plaidé le ministre des affaires étrangères lors de son dernier déplacement en Irak. Les Chrétiens étant parmi les minorités les plus exposées, la France souhaite qu’ils soient représentés au gouvernement et le fait valoir dans ses discussions avec les autorités irakiennes.

Sur la demande de CHREDO de créer une « Zone sécuritaire »

Réponse de la présidence de la république : l’Irak est un pays souverain et il n’est pas envisagé pour l’heure de créer une zone sécuritaire que les autorités irakiennes ne demandent pas. Il ne faut pas créer une poche temporaire car le but est que les chrétiens et Yazidis retournent chez eux. La situation sur le terrain déterminera les moyens à mettre en place pour protéger les civils.

La Coordination avait demandé une action française pour préserver le patrimoine irakien

Réponse de la présidence de la république : cela ne se fera pas par une solution militaire externe mais dans le cadre du retour à la stabilité en Irak. C’est un sujet important qui devra être traité lorsque l’urgence humanitaire aura été réglée.

S’agissant des visas d’asile accordés par la France
Des instructions ont été données pour être particulièrement réactif et bienveillant quant aux demandes de visas d’asile déposées en Irak par les Chrétiens. La France agit en coordination avec le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) et des ONG. Une fois ce visa d’asile accordé, les bénéficiaires qui arrivent en France accèdent à quasiment 100% à l’asile politique qui leur est accordé par l’OFPRA.

La Coordination CHREDO, à travers ses organisations membres en France, comme l’AEMO, et en Irak, notamment les ordres religieux, pourra alerter le Quai d’Orsay sur des situations particulièrement dramatiques afin d’en accélérer l’instruction. La présidence a tenu à rappeler que le destin des Chrétiens d’Orient est en Orient, ce qui est aussi une demande de la Coordination CHREDO qui plaide depuis sa création pour la mise en place de dispositifs internationaux afin de préserver la présence chrétienne en Orient.

Pour éviter la contagion au Liban, la Coordination CHREDO avait demandé l’accélération de la livraison d’armes à l’armée libanaise confrontée aux mêmes groupes terroristes qui sévissent en Syrie et en Irak.

Début août, l’armée libanaise avait d’ailleurs affronté des milices terroristes qui avaient mis sous coupe réglée un village libanais. La CHREDO demandait une clarification après la polémique dans les médias libanais accusant la France de bloquer le contrat de 3 milliards d’euros de matériel et de fournitures à l’armée libanaise que l’Arabie Saoudite est disposée à payer. La présidence de la république s’inscrit en faux contre la campagne calomnieuse contre la France dans certains médias libanais. La France est prête à signer le contrat. Tout est prêt côté français. La France considère que le renforcement de l’armée libanaise est prioritaire, voire vitale et met tout en œuvre pour la soutenir.

Aujourd’hui les raisons du blocage sont à chercher ailleurs mais pas du côté français. Le Liban est prioritaire pour la France. Dans toutes les réunions internationales, c’est bien le Président de la République qui prend l’initiative de parler de ce pays. La priorité française est de sortir de l’impasse institutionnelle et d’obtenir la désignation d’un président de la république libanaise. Mais aujourd’hui l’équation est compliquée et le blocage politique fait le jeu des djihadistes.

La Coordination CHREDO a abordé la situation des Chrétiens en Syrie, pays dans lequel les mouvements djihadistes se sont renforcés et développés.

En Syrie, les chrétiens constituaient 32% de la population au début du 20ème  siècle, 16.5% en 1980 et sont environ 10% aujourd’hui. La Coordination a signalé la situation des Chrétiens à Racca, en Syrie, où ils ont décidé de payer la djizîa qui devait leur apporter une protection. Mais ils subissent la pression des autres habitants et sont souvent victimes de racket ou de spoliation. En mai 2014, certains ont été massacrés et crucifiés. La présidence de la république affirme que la question de la protection des chrétiens en Syrie est fondamentale. La France a demandé et obtenu des garanties dans le cadre du Groupe des amis du peuple syrien et de l’opposition syrienne. Mais aujourd’hui, les Chrétiens sont très exposés à la violence de l’EI et des drames épouvantables se nouent comme à Racca. La présidence déplore que l’ampleur prise par la crise réduise les options politiques. La situation est bloquée.

Question de CHREDO sur le statut des Frères Musulmans

Réponse de la présidence de la république : bien que l’Égypte ait déclaré l’organisation des Frères musulmans terroriste, la France ne l’a pas fait.

Communiqué de Presse 15 août 2014 | CHREDO Communication

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