La France manque de courage au Moyen-Orient

Mgr Audo, cardinal d’Alep, et Mgr Garmou, évêque chaldéen d’Iran, ont été reçus par le groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale, le jeudi 2 juin. Jean-Frédéric Poisson, vice-président du groupe, revient sur cette rencontre et sur l’incapacité de la diplomatie française à défendre les chrétiens d’Orient.

Que vous ont dit Mgr Audo et Mgr Garmou lors de votre rencontre à l’Assemblée nationale ?

Ils nous ont exprimé leurs inquiétudes car ils voient chaque jour la présence des chrétiens se tarir peu à peu. Mgr Audo nous a exposé la situation extrêmement préoccupante des chrétiens de Syrie, dont plus de la moitié a fui le pays en cinq ans à cause des violences et de l’insécurité. Alep comptait 160 000 chrétiens en 2011 et n’en compte plus que 30 000 aujourd’hui.

Mgr Audo et Mgr Garmou ont été clairs : pour eux, la disparition progressive des chrétiens d’Orient ne semblent pas inquiéter les Occidentaux. Je ne peux pas vraiment leur donner tort. Les deux prélats se montrent par ailleurs très dubitatifs quant à la manière dont les Occidentaux traitent la crise actuelle au Moyen-Orient. Ils ne sont pas convaincus sur le fait que la guerre soit la seule réponse possible. En Syrie, Mgr Audo plaide de tout cœur pour une solution politique. C’est aussi ma position.

Les politiques français ont-ils pris la mesure de l’enjeu que représente la présence des chrétiens au Moyen-Orient ?

Non ! Et si j’ai une conviction c’est bien celle-là. Il y a une ignorance totale de la part des gouvernants sur cette question. Ils ne se rendent pas compte de l’importance du maintien des chrétiens en Orient, que ce soit sur le plan civilisationnel que sur le plan de l’équilibre des forces dans la région. Cette ignorance est irresponsable.

Pourtant, Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, s’était rendu au Kurdistan irakien en août 2014 pour soutenir les chrétiens d’Irak ?

C’est vrai, et c’était deux ans et demi après sa prise de fonction, et trois ans et demi après le démarrage de la guerre en Syrie… Il a d’ailleurs fallu attendre l’automne 2014 pour que, dans un discours à Sciences Po, il manifeste son intérêt pour les chrétiens d’Orient en mentionnant leur présence et en avertissant sur l’attention que nous devrions leur porter. Soyons clairs : ce n’est pas le problème des autorités françaises.

Depuis quelques années, la France a décidé de soutenir massivement les sunnites de la région. En faisant cela, elle les a aidés –passivement – à réaliser leur propre plan qui est de faire disparaître les chrétiens du Proche-Orient. L’Arabie-Saoudite, la Turquie et sans doute aussi les Qataris souhaiteraient qu’il n’y ait plus de chrétiens. C’est une grande différence avec les pays comme l’Egypte, le Liban ou bien la Syrie. Eux ont compris que la présence des chrétiens sur leur territoire était facteur de paix social et de diversité.

La France devrait donc revoir sa politique étrangère au Moyen-Orient…

Je considère qu’il faut remettre à plat nos alliances dans cette région du monde. Je pense que le chantage exercé par les Turcs est insupportable, que la duplicité des Saoudiens ou bien des Qataris l’est tout autant. Il faut mettre ces pays face à leurs responsabilités. Car ils portent une très grande responsabilité dans la situation actuelle et essayent de la faire endosser par l’Occident, en envoyant dans nos pays des centaines de milliers de migrants. Pourtant, il serait préférable que ces pauvres personnes soient prises en charge près de chez eux pour retourner dans leurs villages rapidement une fois la crise résolue. Mais comme nous manquons de fermeté et de courage, la France ne dit rien.

Ne pensez-vous pas que les liens économiques de la France avec ces pays diminuent notre marge de manœuvre ?

Si c’est effectivement le cas, alors c’est un drame. Je pense que les valeurs de civilisation sont des valeurs supérieures aux balances commerciales extérieures. Si le changement de notre diplomatie doit nous faire perdre quelques milliards de parts de marché, tant pis ! Les coûts sociaux, politiques et symboliques que représente le fait de toujours tout céder aux pays sunnites sont très supérieurs aux bénéfices commerciaux que nous en tirons aujourd’hui.

Dans la plaine de Ninive, les forces kurdes sont en train de mener une offensive contre Daech. La diplomatie française œuvre-t-elle pour garantir la sécurité et l’avenir des chrétiens qui résidaient dans la région ?

Je ne suis pas du tout certain qu’elle le fasse. Et si elle le faisait, je ne suis pas sûr qu’elle ait les moyens de faire entendre quoique ce soit. Malheureusement, notre diplomatie dans la région est un drame. « Qu’est-ce que vous faites ? » C’est la question que nous a posée hier Mgr Audo…

En tant que vice-président du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale, que faites-vous ?

On hurle, on alerte, on tire la sonnette d’alarme. Malheureusement, ce n’est pas nous qui sommes aux affaires aujourd’hui. J’espère que le changement politique – attendu par beaucoup – viendra. Mais chaque jour qui passe est un jour perdu.

Source : Liberté Politique.com ; Famille Chrétienne.fr

Voir aussi

Donner votre avis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


20 − 11 =