La fin de la peur pour les chrétiens d’Irak qui arrivent en France

Pour Elish Yako, membre de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (CHREDO), et secrétaire général de l’AEMO, l’annonce du 28 juillet par le gouvernement français de vouloir favoriser l’accueil des chrétiens d’Irak «a peut-être accéléré le traitement de leur dossier». Car l’obtention de ces visas, délivrés par les ambassades ou les consulats, nécessite de longs mois d’enquête et de vérification.

Une famille, la première à bénéficier du statut de réfugiés depuis que le gouvernement français a annoncé vouloir favoriser l’accueil des chrétiens d’Irak, est arrivée en France le 7 août.

Ils ont les traits un peu tirés, mais les visages sont souriants. Les onze Irakiens de confession chrétienne arrivés jeudi matin très tôt à Paris, bénéficiaires de visas d’asile, ont même pour certains versé quelques larmes en foulant le sol français à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. «Nous sommes heureux d’être accueillis ici, nous a dit Nabeel Yonan Yousif, 53 ans, même si nous sommes tristes d’avoir dû quitter notre pays parce que nous n’y étions pas en sécurité.»

Ces Irakiens sont membres d’une même famille, apparentée à l’archevêque Mgr Faraj Raho, qui avait été enlevé et assassiné le 13 mars 2008 à Mossoul. Le grand-père et la grand-mère, leur fils Nabeel et sa femme, Anskan, un autre fils et son épouse, des petits-fils et petites-filles (la plus jeune a 14 ans), viennent de vivre quelques années de peur et d’angoisse. Originaires de Mossoul, ils avaient dû alors, pour des raisons de sécurité, rejoindre Bagdad. Puis, après que 37 chrétiens et sept policiers eurent été tués et 71 autres personnes blessées par des islamistes armés dans l’église Sayidat al-Najat (Notre-Dame-du-Salut) en 2010, ils avaient dû fuir en Syrie. Pour finalement revenir, discrètement, dans la capitale irakienne afin de pouvoir entamer les procédures d’obtention des visas. Ils ont bénéficié de la protection du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) en Syrie, puis à Bagdad pendant les six derniers mois.

De longs mois d’enquête

Selon l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO), qui les a accueillis, il s’agit des premiers chrétiens d’Irak à bénéficier de ce statut depuis que le gouvernement français a annoncé, le 28 juillet, à vouloir favoriser leur accueil dans l’Hexagone. Pour Elish Yako, secrétaire général de l’AEMO et membre de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (CHREDO), cette annonce «a peut-être accéléré le traitement de leur dossier». Car l’obtention de ces visas, délivrés par les ambassades ou les consulats, nécessite de longs mois d’enquête et de vérification.

«Tous les chrétiens d’Irak sont persécutés, particulièrement autour de Mossoul», regrette Nabeel Yousif par l’intermédiaire d’un traducteur. «Même si nous espérons retourner un jour dans notre pays, nous ne voyons pas vraiment à court terme comment cela pourrait s’arranger. Et tous les chrétiens d’Irak pensent la même chose, et un grand nombre d’entre eux voudraient se mettre à l’abri. Car cela va au-delà d’un inconfort de vie ou d’insultes. La vie des chrétiens d’Irak est en danger.»

Ces onze réfugiés irakiens ont été accueillis et hébergés dans un premier temps au foyer de France Terre d’asile de Créteil (Val-de-Marne), puis ils iront sans doute dans le sud de la France dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada). Quand Elish Yako nous a présenté à ces trois générations d’Irakiens, il nous a dit: «Vous pouvez serrer la main à tous et à toutes. Nous sommes chrétiens.» Dans les yeux des seniors, on lisait une réserve et une dignité de réfugiés. Dans les yeux des plus jeunes brillait l’espoir d’un avenir qu’ils et elles entrevoyaient enfin moins sombre.

Source : Le Figaro 07/08/2014

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