Chrétiens d’Orient : Valérie Pécresse mobilise

Pas une semaine ou presque sans que de nouvelles exactions contre les Chrétiens d’Orient ne soient rapportées. En Syrie, c’est le village de Maaloula – l’un des derniers où l’on parle encore l’araméen, la langue du Christ – qui a été attaqué par les djihadistes.

En Égypte, ce sont les églises coptes qui sont brûlées tandis que les jeunes filles coptes sont enlevées. En Irak, ce sont les Chaldéens qui meurent régulièrement dans des attentats. Et même au Liban ou en Turquie, les chrétiens ne se sentent plus en sécurité.

Face à la montée en puissance de ce phénomène, qui s’est intensifié dans la région à partir de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine en 2003, un collectif baptisé « Chrétiens d’Orient en danger » a été constitué le 27 septembre dernier.

Le conseiller régional d’Île-de-France (UMP) Patrick Karam en est l’un des principaux animateurs. Il regroupe des représentants des minorités chrétiennes persécutées ainsi que des organisations impliquées depuis longtemps dans cette cause comme Aide à l’Église en Détresse (AED).

A la demande de Valérie Pécresse, ce collectif a été auditionné mardi en début d’après-midi à l’Assemblée nationale. La députée des Yvelines, outre Patrick Karam, était entourée de plusieurs figures, laïques ou religieuses, impliquées dans le collectif. Syriens, Irakiens, Libanais, Égyptiens, tous ont plaidé pour une mobilisation urgente et massive.

Une présence bimillénaire

Outre le respect des droits de l’Homme et la protection des minorités, trois arguments principaux ont été développés par la majorité des interlocuteur. Les Chrétiens qui habitent la région sont chez eux au Proche et Moyen-Orient : ils étaient là six siècles avant l’arrivée de l’Islam, a rappelé Marc Fromager, directeur d’AED. Leur présence est facteur de stabilité et de dialogue inter-communautaire. Leur départ, enfin, serait synonyme d’appauvrissement du tissu économique local.

Les chiffres sont particulièrement saisissants. L’Irak comptait 1,2 million de Chrétiens en 2003 : il n’en compte plus que 400.000 aujourd’hui a rappelé Elish Yako, secrétaire général de l’Association d’entraide aux Minorités d’Orient. De manière globale, les Chrétiens d’Orient ne représenteraient plus que 6 à 8% de la population actuelle des région concernées. Mais ils pourraient ne représenter plus que 3 à 4% de cette même population d’ici 12 ans a indiqué Patrick Karam dans un propos liminaire.

Cette audition pourrait déboucher à court terme sur la création d’un groupe d’étude parlementaire, comme le réclame le collectif « Chrétiens d’Orient en danger ». Ce groupe d’étude pourrait proposer plusieurs pistes de réflexion comme une meilleure coordination de la mobilisation européenne face à ces persécutions, l’obtention par la France du vote d’une résolution à l’ONU ou, de manière plus concrète, le conditionnement du versement de l’aide à ces régions au respect des minorités.

« La violence contre les Chrétiens est unidirectionnelle »

Des points demeurent à trancher : l’extension ou non du domaine de compétence de ce groupe aux autres régions de persécutions des chrétiens comme le Pakistan ou le Nigeria, et aux autres minorités menacées (Alaouites, Kurdes…). Sur le dernier point, les participants ont insisté sur le caractère singulier des persécutions dont les Chrétiens sont les victimes. « La violence contre les Chrétiens est unidirectionnelle », a précisé Jean-François Kempf, de l’organisation « Portes Ouvertes ».

Pour ses promoteurs, reste enfin à faire de cette cause un combat transpartisan. La défense des Chrétiens d’Orient semble demeurer un marqueur politique. Le seul représentant de la gauche à cette audition était le député socialiste Gérard Bapt, président du groupe d’amitié France-Syrie.

Direct Matin, publié le

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